QUI SUIS JE ?

Trajectoire élémentaire

 

Je m’appelle Pierre Lamarque, et j’ai 49 ans. Je suis né dans la banlieue parisienne et vis aujourd’hui à Paris, mais ma famille est originaire pour une partie du nord de l’Italie et pour l’autre du sud-ouest de la France près des Pyrénées.

J’ai une formation d’ethnologue spécialisé dans les relations entre l’homme et son environnement naturel. L’observation des techniques et la transmission des savoir-faire ont constitué l’essentiel de mes terrains ethnographiques. Je nourris aussi une passion pour le film ethnographique et je m’intéresse donc en même temps aux manières de mettre en images les activités humaines, de mêler l’art à la restitution de la science.

 Ainsi, de 1993 à 1995 j’ai fait mes premiers pas en ethnographie, dans une corporation d’herboristes au Maroc, ou de père en fils se transmet une performance théâtrale présentée sur les places publiques pour vendre des plantes médicinales considérées comme particulièrement efficaces au traitement des « troubles de la sphère sexuelle masculine ». J’ai ensuite réalisé des contrats de recherche pendant plusieurs années associées au laboratoire d’ethnobiologie du Muséum national d’histoire naturelle.

 

Vue de profil durant un tournageEn 2005, j’ai eu l’opportunité magnifique de réaliser un film, « le roi ne meurt jamais », en Éthiopie, au pays Konso. Un « vrai film » qui s’attache à suivre la cérémonie de sortie de deuil d’un chef de clan au pays konso (sud de l’Éthiopie). Cette expérience fut pour moi révélatrice et initiatrice de bout en bout, je n’aurais laissé ma place derrière la caméra à aucun prix et j’ai aimé assister Julie au montage, j’ai découvert le travail de la couleur à l’étalonnage...

Je percevais que le cinéma donnait une formidable liberté pour exprimer ce que l’ethnologie écrite reléguait d’ordinaire dans des journaux de terrains intimes. Mais surtout, le film permettait de rendre son travail à ceux qui en avaient été les coauteurs et les acteurs devant la caméra. Notre film a été très bien accueilli par le public universitaire tout comme le grand public et en 2008 nous sommes retournés en Éthiopie présenter notre film aux konsos. J’ai pris ces trois années heureuses de « confection artisanale » comme un encouragement à persévérer dans la voie du documentaire ethnographique.

 

 

Echangeur autoroutier de TokyoÀ la fin de la post-production du film, j’ai trouvé un poste de cuisinier. C’est en cuisine que j’ai vraiment commencé à expérimenter des façons personnelles de préparer le tofu. Puis en 2011, j’ai fait la rencontre de Monsieur Suzuki, producteur de tofu dans la région parisienne. Les chaines opératoires - comme disent les ethnologues - observées dans son atelier m’ont fascinée et j’ai commencé à nourrir l’idée de changer de voie, de devenir moi-même artisan du tofu, dans le projet de « lier », au sens cuisinier du terme, production du tofu, anthropologie, muséographie, cinéma, ateliers culinaires, et élaboration de mes propres recettes, une façon personnelle de mettre les petits plans dans les grands...

 

 

Prise de vue en tournage dans un atelier de TofuyasanCet apprentissage du métier de tofuyasan s’accompagne donc d’une enquête ethnographique et filmique sur les techniques du tofu, du champ de soja à la cuisine domestique et d’un documentaire de création sur la « difficile » transmission des savoir-faire corrélée à l’abandon progressif du métier de tofuyasan au Japon. Ce film veut aussi aborder dans une boucle réflexive le changement de point de vue de l’ethnologue qui exprime dans les moments de l’enquête et dans ceux de son propre apprentissage, combien l’exercice d’un métier comme celui de tofuyasan constitue la part manquante de son épanouissement.

 

 

Les deux démarches ethno-filmique et proprioceptive sont à mes yeux indissociables parce que d’une complémentarité inestimable. Mais, si je veux prendre appui sur l’observation ethnographique et filmique, c’est autant pour le plaisir que j’ai à pratiquer la recherche que pour mieux embrasser de nouvelles expériences et me rendre apte à m’engager dans de nouvelles pratiques professionnelles.